Comment poussent les enfants ?


bébé, Blog, enfants, motricité, ostéopathie, portage / vendredi, février 16th, 2018

Comme vous avez pu le constater (ou pas si vous êtes ici pour la première fois), je porte un grand intérêt au développement de l’enfant. Déjà parce que j’aime beaucoup travailler dans les sphères périnatales et pédiatriques, mais aussi parce que chaque adulte que je vois en consultation est, très logiquement, un ancien enfant. Enfant que je retrouve sous mes doigts lors des séances !

En effet, il est intéressant pour un enfant d’avoir un développement harmonieux pour sa vie actuelle ainsi que pour sa vie future. Le corps s’adapte autour des traumatismes physiques et psychiques qu’il subit (choc, fracture, accident de la route, stress, deuil, etc…) mais aussi autour de sa posture et de ses mouvements habituels. Ainsi le fait de passer ou non par le quatre pattes, de marcher sur la pointe des pieds, de s’asseoir en W… vont créer des schémas posturaux différents chez ces enfants, qui perdureront dans une certaine mesure une fois devenus adultes. Ceci est valable pour la petite enfance, mais également pour les conditions de naissance et la position du foetus in utéro.

Quand un ostéopathe vous demande si vous savez comment votre grossesse et accouchement à vous, en tant que bébé, se sont passés, c’est pour cette raison là. Avoir ces informations permet de valider un ressenti que l’ostéopathe a sous ses doigts.

Dans la vie de tous les jours, tous les instants comptent dans l’acquisition et le développement de la psychomotricité de l’enfant : le repas, le change, le bain, le sommeil, les moments de motricité libre, le portage, etc…. Toutes ces facettes du parentage participent au développement psychomoteur de l’enfant.

Aujourd’hui j’aimerai vous parler des deux points, qui selon moi relient ces différentes facettes entre elles.

Permettre à l’enfant d’être dans une posture active plutôt que passive

Un enfant a des capacités autonomes dès la naissance, plus exactement déjà in utéro.
A chaque étape du développement de l’enfant, celui-ci a déjà en lui des capacités qui l’aident à s’adapter à l’étape qu’il traverse et qui lui permettront d’atteindre la suivante.

Prenons l’allaitement. A la naissance, un nouveau-né est capable de ramper sur le ventre de sa mère jusqu’au sein, de remuer la tête pour trouver le téton, de s’accrocher et de se mettre à téter.  Cette capacité autonome est adaptée à l’étape que le bébé vit, elle lui permet de se nourrir, d’aider à la création du lien avec la mère, de commencer à développer sa musculation volontaire, etc…

bébé allaité au sein

Permettre à l’enfant d’exercer son autonomie dans ce cas, c’est d’une part faire en sorte, tant que faire se peut, que l’environnement soit propice (peau à peau immédiat, environnement calme, pénombre, température adaptée, etc..), et surtout, ne pas chercher à faire à sa place.

Autant nous ne pouvons pas forcément avoir d’action sur l’environnement, on ne choisit pas toujours son lieu d’accouchement et les conditions de la naissance, mais sur le deuxième point, les parents ont un vrai rôle à jouer, celui de laisser leur enfant découvrir par lui-même.
En posant l’enfant sur le ventre et non directement sur le sein, en le laissant chercher le téton sans tenter de lui mettre devant la bouche, en lui laissant TOUT SON TEMPS, on lui permet d’exercer son autonomie, et donc d’en acquérir d’avantage.

Ce que je cherche à vous faire comprendre c’est que ce ne sont pas les faits généraux qui comptent, mais surtout la manière dont on laisse l’enfant prendre sa place dans ces actions.

Pour continuer sur l’exemple de l’allaitement, quand on nourrit son enfant au biberon, on peut aussi préserver son autonomie.
Au lieu de mettre la tétine du biberon dans la bouche, on peut la lui présenter devant la bouche et attendre qu’il la prenne. Pour reproduire la succion active d’un bébé au sein, il suffit, une fois le biberon en bouche, d’exercer une légère traction dans l’axe du biberon vers l’extérieur, pour que le bébé mette en route une succion active qui va retenir le biberon. C’est très pratique, car grâce à cette succion, la bouche du bébé devient étanche ce qui limite l’ingestion d’air dans le tube digestif (je vous mets dans les liens en bas de cette page,  un article et une vidéo qui expliquent tout ça).

Toujours au biberon, on peut prendre bébé dans ses bras en berceau comme il serait installé au sein, le regard à la même distance de celui de son parent. On peut, au moins au début, limiter le nombre de personnes qui pourront donner le biberon, garder ce privilège pour papa et maman, afin de créer ces fameux liens d’attachement. Le bébé a besoin de voir de près le visage de son parent tout en le touchant, en sentant son odeur. Cet environnement sensoriel fort participe à la création d’une base sécuritaire solide.

Bien entendu on laisse l’enfant dans son autonomie jusqu’au bout, c’est lui qui choisit quand il a finit de boire. On peut dans une certaine mesure, reproduire des tétées “à la demande” au biberon, c’est-à-dire que tout en veillant à ne pas rentrer dans des horaires complètement anarchiques, on peut moduler l’horaire de la tétée en fonction des signes d’éveil de l’enfant, plutôt qu’en regardant sa montre. Combien de fois à la question à un parent “Peut-être a t’il faim ?”, on m’a répondu “Impossible, il a mangé il y’a 2h30, il ne doit pas manger avant une demi heure !” Parce que vous, adulte, vous n’avez jamais faim avant midi ???

 

Maintenant nous pouvons bien voir la différence entre les deux situations suivantes :

Un biberon donné dans les bras de maman, au calme, en lui laissant le temps de prendre la tétine, de tirer dessus pour faire sortir le lait tout en regardant maman, puis d’arrêter de boire qu’on il est repu.

Un biberon donné par tatie Germaine, entouré de toute la famille, donné sur les genoux donc trop loin pour discerner le visage de tatie, biberon enfourné dans la bouche avec un lait qui coule sans rien faire. Quand bébé fait mine d’arrêter de boire, tatie insiste encore une minute ou deux parce qu’il faut bien qu’il mange cet enfant, il est tout maigre !

Quel que soit les choix que l’on prend, en tant que parent, il me paraît intéressant de réfléchir à comment rendre son enfant acteur de sa vie, à la mesure de ses capacités bien sûr.

 

Apporter du soutien à son enfant

papa à côté de son fils allongé sur un tapi déveil
Parfois soutenir c est être à côté !

On l’a vu, l’enfant a, dès la naissance, tout ce qu’il faut en lui pour bien grandir, tant sur le plan moteur, que sur les autres plans.

La seule chose dont il a besoin est du soutien bienveillant de ses parents ou de ses figures d’attachement.

Dans notre société où nous croulons sous les objets de puériculture qui sont censés nous aider et aider notre enfant à bien grandir, notre travail va principalement consister à NE PAS entraver l’autonomisation de notre enfant.

C’est ce que j’ai commencé à aborder dans mon précédent article sur la motricité libre, thème dont nous parlerons plus en détail dans de prochains articles.

 

papa offrant un soutien à son fils lors d'un acrobranche
Parfois le soutien c’est une main tendue

Ne pas entraver l’autonomisation de notre enfant, c’est ne pas faire à sa place ou le pousser à faire. Pour autant, l’enfant a besoin de se sentir SOUTENU.

Le soutien c’est permettre à l’autre d’évoluer en lui apportant un support, en lui donnant sa confiance, en lui apportant une oreille attentive et un regard bienveillant.

Le soutien d’un parent est tout d’abord physique. On porte l’enfant à bras, on le manipule, on le change, on le lave. La façon de le porter, de le soutenir, en lui apportant un soutien qui peut le rendre acteur de sa posture et non pas la subir, va avoir une importance capitale.

Le soutien est également psychique, on sourit à l’enfant, on lui parle, on lui raconte ce qu’il vit, ce qu’on fait, qui nous sommes, qui il est. On le soutient dans chacune de ses étapes, dans ses expériences. Il n’y a pas d’intérêt à faire à sa place ou à trop le restreindre dans ses découvertes.

Toute la difficulté est de réussir à accompagner son enfant, en assurant sa sécurité tout en lui permettant de nourrir sa soif d’apprendre et de faire par soi-même !

 

Dans ces deux affiches de la super illustratrice Bougribouillons, on voit deux exemples de soutien apporté à l’enfant. On voit qu’un portage à bras soutenant, permet de sécuriser l’enfant mais aussi de lui permettre de vivre des expériences actives. Dans l’épreuve de la marche d’escalier, on voit que le parent est soutenant sans même toucher son enfant. Il est présent, il tend les bras pour assurer sa sécurité (et se rassurer lui-même), mais laisse l’enfant être maître de l’expérience, ce qui au bout du compte est bien sûr bénéfique pour tout le monde.

 

 

 

 

Observer les capacités de son enfant pour comprendre son rôle de parent plutôt que d’écouter l’avis des autres

 

En regardant le développement de l’enfant sous ce prisme soutien/autonomie, tout semble se recouper :

La motricité libre est le fait de laisser son enfant découvrir sa motricité en tout autonomie tout en lui assurant un soutien psychique (jouer avec lui, l’encourager) mais aussi physique (en assurer sa sécurité lors des périlleuses escalades des tout petits).

Le portage physiologique et le portage à bras vont permettre d’apporter un soutien physique (soutien par la base de l’enfant) et psychique (réassurance d’avoir son parent à son contact), tout en créant une posture qui permet à l’enfant de travailler sa motricité à son niveau, bouger sa tête, la redresser, s’aggriper, tenir le buste…, sans la bloquer comme c’est le cas en portant un petit sous les bras.

L’allaitement peut  être vu sous cet angle comme nous l’avons déjà évoqué.

Sans rentrer dans les détails, on pourrait continuer en parlant DME (diversification menée par l’enfant), HNI (hygiène infantile naturelle), apprentissage du langage, apprentissage du rangement (et oui!), et d’autres sujets qui s’éloignent de ma formation d’ostéopathe.

Tout ça pour vous montrer qu’il y a peu d’intérêts à apprendre par coeur les 50 meilleures façons d’éveiller son enfant, il me semble plus intéressant d’y trouver une cohérence. Je vous ai partagé deux points qui me paraissent clés et qui permettent, en tant que parents, de sentir la justesse de son comportement à l’égard de son enfant.

Je vous souhaite de belles observations et de vivre de riches expériences aux côtés de vos enfants !

 

Sources et liens pour aller plus loin

Illustratrice bien connue dans le monde de la petite enfance, Bougribouillons, qui a crée beaucoup d’illustrations sur la petite enfance, entre autre sur le portage, la motricité libre, la bienveillance, etc…

Vidéo qui parle de la succion active du biberon ici, par Alain Gautier, son site internet et son article qui en parle là. Merci à Remy Soulié, kinésithérapeute, de m’avoir fait découvrir cette utilisation du biberon !

Pour aller plus loin n’hésitez pas à lire cet article sur le holding par “Le journal d’une maman psychomotricienne”.

 

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